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Jan van Eyck, La Vierge de Lucques, 1435/1440

Fichier:Jan van Eyck 076.jpg

La Vierge de Lucques peinte par Jan van Ecyk, conservée au Städel Museum de Francfort-sur-le-Main, provient de l’ancienne collection de Charles II, duc de Parmes et de Lucques. C’est lui qui donna son nom au panneau peint par Van Eyck. Le panneau, dont il manque probablement le pendant, fut vendu au roi des Pays-Bas Guillaume en 1841 et fit son entrée au Städel Museum dès 1850. Il s’agit de l’une des dernières œuvres peintes par Van Eyck.

La Vierge est présentée sur un trône orné de lions qui évoquent celui du roi Salomon, qui était orné de douze lions (1 Rois 10:20). Van Eyck superpose à cette iconographie largement connue au XVe siècle, celle du trône de la sagesse sur lequel la Vierge est généralement assise. L’apport le plus intéressent de l’œuvre consiste dans l’évolution par rapport à des sujets similaires traités par son maître Robert Campin. On pourra ici comparer la Vierge de Lucques avec la Vierge dite « Salting » ou « Vierge à l’écran d’osier » (1425/1430 – Londres, National Gallery) :

https://upload.wikimedia.org/wikipedia/commons/8/82/Robert_Campin_-_The_Virgin_and_Child_before_a_Firescreen_%28National_Gallery_London%29.jpg

Peint seulement à quelques années d’écart, on remarquera surtout que si Robert Campin humanise la Vierge en la plaçant un contexte domestique, Van Eyck divinise la Vierge et la place dans un monde d’une autre nature que le nôtre. L’auréole de la Vierge simule un écran de cheminée en osier : tous les symboles divins sont dissimulés dans un monde commun, domestique. Chez Van Eyck, tout au contraire, la continuité des deux mondes n’est pas mise en avant, au contraire : la taille de la Vierge elle-même qui prend la place d’un autel dans une petite chapelle. Le baldaquin et le tapis souligne la centralité de la figure et assoie la valeur divine – royale – de la Vierge.  La Vierge de Robert Campin est assise sur une étroite banquette en bois : la Vierge d’humilité de Campin fait place à une Vierge de majesté de Van Eyck. D’ailleurs, les objets dans le panneau de Francfort sont souvent coupés : ils ont surtout une valeur de symbole. Campin ne coupe pas les objets par le cadre de l’oeuvre.

L’oeuvre fut admirée par Rainer Maria Rilke qui, dans son Testament (rédigé vers 1922 mais publié uniquement en 1972) : «  Je m’absorbais dans la contemplation de la planche étalée sous mes yeux. C’était la Vierge de Lucques de Jean Van Eyck, la gracieuse Vierge au manteau rouge tendant à l’enfant assis, très droit, et qui tète avec gravité le sein le plus charmant. Et tout à coup je désirai, je désirai, oh ! je désirai de toute la ferveur dont mon cœur a jamais été capable, je désirai d’être non pas l’une des petites pommes du tableau, non pas l’une de ces pommes peintes sur la tablette peint de la fenêtre – même cela me semblait trop de destin… Non : devenir la douce, l’infime, l’imperceptible ombre de l’une de ces pommes -, tel fut le désir en lequel tout mon être se rassembla. Et comme si un exaucement était possible, ou comme si ce souhait à lui seul accordait à l’esprit une pénétration miraculeusement sûre, des larmes de reconnaissance me vinrent aux yeux » (Paris, Seuil, 1998, p. 43).

 

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Classé dans Etudes en histoire de l'art